Introduction
camell est une communauté photographique réservée aux femmes, née du désir de créer un espace où l’on puisse profiter de la photographie plus librement et plus longtemps. À travers des sorties photo, des ateliers, des expositions et des événements en ligne, camell valorise avant tout l’envie de continuer à photographier, indépendamment du niveau ou de l’expérience, et cultive un environnement où de nombreuses femmes peuvent s’épanouir en toute sérénité.
L’aventure a commencé en 2012 avec cinq membres sous le nom de « Camera Girls ». Devenue une entité juridique en 2013, la communauté a été rebaptisée camell en 2022, avec l’ambition d’offrir un espace où davantage de femmes puissent s’adonner à la photographie.
Aujourd’hui, camell compte plus de 14 000 membres et, depuis 2023, propose un service d’abonnement mensuel. Près de 300 événements réservés aux membres sont organisés chaque année, faisant de camell la plus grande communauté photographique féminine du Japon, où les liens se tissent autour de la photographie.
Dans cet article, nous avons interrogé Mme Tanaka, fondatrice de camell, sur les raisons qui l’ont poussée à maintenir une communauté « exclusivement féminine » et sur l’importance qu’elle accorde à la persévérance photographique plutôt qu’à la performance technique. Nous explorons également les liens tissés entre participantes et les nouveaux défis qui s’ouvrent à elles.

camell
Lancée en 2012 avec cinq membres sous le nom « Camera Girls », la communauté s’est constituée en société en 2013 avant de devenir camell en 2022. Elle rassemble aujourd’hui plus de 14 000 membres, dont plus de 500 abonnées au service mensuel. En juillet 2026, camell ouvrira sa première boutique physique, « soke », à Kameido (Tokyo).
Instagram : @cameragirls_jp
Q1. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de la communauté camell, et pourquoi vous tenez à l’expression « camera joshi » (femme photographe) et à la forme « réservée aux femmes » ?
Nous avons choisi de réserver la communauté aux femmes afin que chacune puisse participer sans crainte, même si elle a un partenaire ou une famille, et que ses proches puissent l’encourager à rejoindre le groupe en toute confiance.
Je pensais que la présence d’hommes pouvait freiner certaines participantes. Finalement, je suis heureuse que tant de femmes aient pu rejoindre camell en toute sérénité.

©︎ camell
Q2. Selon vous, quelle signification revêt l’espace photographique pour les femmes, au vu des plus de 10 000 membres ayant déjà participé ?
Alors que de nombreux espaces sont axés sur la progression technique, camell privilégie avant tout le plaisir de photographier à sa manière. Un lieu où les femmes peuvent s’amuser en toute sécurité, indépendamment du matériel ou de l’expérience, est en réalité très précieux, et je ressens la joie que cela procure.
Par ailleurs, il devient plus difficile de se faire de nouveaux amis à l’âge adulte. La photographie permet d’élargir son cercle, et camell devient ainsi un espace essentiel.
Personnellement, j’ai commencé camell comme un loisir à cinq, et cela m’a permis de me faire de nouveaux amis et d’enrichir ma vie.
Q3. On dit que de nombreuses débutantes rejoignent camell. Quelles valeurs privilégiez-vous au-delà de la « réussite technique » ?
En tant que passionnée de photographie, j’ai moi-même traversé des périodes où je voulais progresser à tout prix ou être reconnue. Mais c’est justement dans ces moments-là que les doutes s’accumulent et que la photographie perd de son attrait. Je me suis surprise à me comparer aux autres.
Un jour, je me suis arrêtée pour réfléchir : « Qu’est-ce qu’une bonne photo ? » « Est-il vraiment nécessaire de devenir meilleure en tant qu’amatrice ? » Si l’on considère la photographie comme une forme d’expression, il n’est peut-être pas pertinent de la mesurer uniquement en termes de réussite technique.
En lâchant prise sur le besoin d’être félicitée ou reconnue, et en me concentrant sur le plaisir de déclencher à ma façon, j’ai ressenti une grande légèreté. Finalement, j’ai pu réaliser des images qui me ressemblent vraiment, bien plus qu’à l’époque où je doutais.

©︎ camell
Forte de cette expérience, camell valorise le plaisir avant la performance, et l’authenticité individuelle plutôt que la comparaison avec autrui.
Q4. Parmi les événements organisés (sorties, voyages…), y a-t-il une anecdote qui vous a particulièrement marquée ?
Nous organisons environ 300 événements par an réservés aux membres, et honnêtement, chacun d’eux est source de joie et de souvenirs.
L’un des plus marquants fut le voyage à Taïwan cette année. Nous avons rencontré sur Instagram des passionnées locales et organisé notre première rencontre Japon-Taïwan. Ce fut bien plus amusant que je ne l’imaginais. J’ai été surprise et ravie de constater que la photographie permet de se faire des amies à l’étranger.

©︎ camell
Jusque-là, je faisais inconsciemment une distinction entre le Japon et l’étranger, mais cette expérience m’a fait réaliser que l’amour de la photographie n’a pas de frontières. J’aimerais désormais multiplier les échanges internationaux.
Q5. Quelles sont, selon vous, les spécificités de la sécurité et des relations entre participantes dans un espace réservé aux femmes ?
Il est indéniable que les liens se créent plus facilement, et surtout, je ressens une forte capacité d’empathie. Les joies, les doutes, les difficultés, les projets… il est plus aisé de les exprimer et de les partager entre femmes.
Voir les membres de camell partir en voyage ou sortir ensemble me rend heureuse à chaque fois.

©︎ camell
Q6. Quelle a été votre première impression en découvrant le « photo poster project » de cizucu ?
Nous pensons que l’analogique offre des expériences photographiques plus riches que le numérique, d’où notre concept de boutique « soke », un espace pour photographier, créer, vivre et savourer la photographie. Les réseaux sociaux, en particulier Instagram, favorisent la comparaison et l’obsession des chiffres. Le manque de réactions peut même décourager.
C’est pourquoi le « photo poster project », qui remet l’analogique au cœur du plaisir photographique, m’a semblé une initiative passionnante. J’ai ressenti une vraie proximité avec cette vision.

photo poster project (ppp) en action
Q7. Quels sont les défis ou projets que camell souhaite relever à l’avenir ?
Nous allons ouvrir la boutique « soke » en juillet. Il a fallu cinq ans pour concrétiser ce projet, mais nous y avons concentré toute notre philosophie et nos idéaux. Nous serions ravies de vous y accueillir, n’hésitez pas à venir nous rendre visite.
Q8. Quel message souhaitez-vous adresser, au nom de camell, aux femmes qui souhaitent débuter la photographie ou n’osent pas encore montrer leurs images ?
Honnêtement, il n’est pas nécessaire de viser la perfection technique. Si vous n’avez pas envie de partager ou de montrer vos images, ne vous forcez pas.
Commencez simplement la photographie pour savourer le quotidien. Si vous parvenez à immortaliser vos journées préférées à votre façon, c’est déjà beaucoup.

©︎ camell
Conclusion
Chez camell, on privilégie le plaisir personnel à la réussite technique ou à la reconnaissance extérieure. Cette posture rappelle combien il est essentiel de disposer d’un espace sûr et bienveillant pour s’exprimer librement, sans se comparer ni se soucier des chiffres. Avant de comparer les œuvres, prenons le temps d’échanger autour de la photographie. Cette philosophie rejoint celle du « photo poster project (ppp) » de cizucu.
cizucu organisera également une édition réservée aux femmes du « photo poster project (ppp) » le 12 juillet à Tokyo, dans le quartier de Kichijoji. Toute personne s’identifiant comme femme, quel que soit son niveau, est invitée à participer. Si vous aimez la photographie, rejoignez-nous !


